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Giulia Grossmann construit une démarche singulière, qui se caractérise par l’indécision revendiquée entre approche documentaire et mise en scène, et le travail de la matière produite dans cet intervalle.

Ses premiers films (Variation, Ivan le Terrible III) avaient pour sujet principal le son, renversant les rôles pour donner à l’image une fonction illustrative, et ainsi révéler les mécanismes structurants de l’enregistrement et de la diffusion.

Plus récemment, les projets Native American et Wirikuta, là où les dieux nous touchent témoignent d’un intérêt marqué pour le documentaire ethnographique. Ce genre aux multiples facettes est depuis longtemps mis en crise de par sa nature même, à savoir l’équilibre difficile, voire impossible, entre son dessein d’objectivité, les choix opérés au montage et les rapports de domination qui le sous-tendent.

Native American témoigne des phénomènes de reenactment de l’histoire du Grand Ouest américain par des groupes d’amateurs en Gironde, et du point de vue critique d’un « vrai » améridien qui vit de son folklore.
Son prochain film, Wirikuta “là où les dieux nous touchent” abordera les  nouvelles formes de chamanismes New-age autour de deux montagnes sacrées, lieux de pèlerinages au Mexique et à Bugarach dans les Pyrénées. entre temps, elle présentera à Jeune création l'état de son repérage en forme d'enquête ethnographique : photographies, documents et objets récoltés dans les deux sites et présentés comme un ensemble, entretenant le trouble quant à leur provenance.
Tout en respectant le principe de l’enquête anthropologique (recherches, terrain, restitution), ces deux projets se démarquent des codes du documentaire pour revêtir l’aspect du film d’auteur : refus d’utilisation de la voix-off, crescendos dramatiques, part belle à l’image esthétisée…
Giulia Grossmann introduit dans ses films une ambiguïté latente, laissant le spectateur dans l’expectative : à quel point les protagonistes sont-ils des acteurs ? Font-ils acte de confession ou de représentation ? 
Inutile de se risquer à trancher : c’est tout cela à la fois. Très peu scénarisés à l’avance, élaborés au hasard des rencontres et des différents degrés de confiance mutuelle, ces films se construisent par succession de portraits concomitants et de vécus parfois contradictoires, où chacun est libre de choisir la façon dont il se représente. A la multiplicité des « réalités parallèles » exprimées répond celle des ressentis du film.

Dans ces films, l’objet d’étude,  à la fois insolite, marginal et symptômatique d’une quête de sens généralisée en Occident, nourrit la méthode de sa propre narration : son sujet devient son langage. Ils relèvent d’une démarche d’accueil, de porosité au contexte qui en font des projets éminemment expérimentaux.

 

Axelle Blanc

 

 

 

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